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Grands Dieux ! Est-il donc des gens plus heureux, en Afrique, que ceux à qui l'on donne ordinairement les beaux noms de présidents de la République ? Non, pardon, de fous, d'insensés, de sots et d'imbéciles.
D'abord, ils ne craignent point la mort, ce qui n'est pas un petit avantage. Mais en outre, ils ont le droit de mort sur leur peuple et représentent à eux seuls, avec leurs épouses, la justice, le droit et la démocratie dans leur pays. Ils ne connaissent ni les remords dévorants d'une mauvaise conscience, ni les vaines terreurs qu'inspirent aux autres hommes les fables des enfers, ni les frayeurs que leur causent les spectres et les revenants. Ils sont les nombrils de leurs nations et eux seuls sont de race pure. Les autres, hybrides, n'ont pas les mêmes droits qu'eux, sont des sous-hommes.
En un mot, ils ne sont point déchirés par cette foule de soucis qui assiègent continuellement la vie de leurs compatriotes. Ils n'ont jamais faim, ne manquent point d'argent ni de femmes. Ils n'ont ni honte, ni crainte, ni ambition pour leurs Etats, ni jalousie des Champs Elysées qu'ils affectionnent, incapables de les construire chez eux, ni tendresse pour leur peuple. Toujours gais et contents, non seulement ils jouent, chantent, rient et s'amusent sans cesse, mais ils répandent encore des pleurs, des cris et des douleurs sur tous ceux qui les environnent, parce qu'ils ont toujours le doigt sur la gâchette ou les poisons sur les assiettes. On dirait que les dieux ne les ont placés sur notre terre que pour égayer la tristesse de la vie des Africains qu'ils rendent trop obscure. C'est pour cela que les Africains, qui, sur toutes les autres choses, ont des sentiments si différents, s'accordent sur le compte des fous qui nous gouvernent.
La France les recherche, la France les aime, la France les entretient, la France les nourrit. Nous aussi. La France les secourt dans leurs malheurs quand ils sont en passe de perdre leur pouvoir, par le biais de "saintes" actions d'évacuation de ses ressortissants, et par des voyages de son président "enseignant la morale du colon papa protecteur"; enfin la France et nous leur permettons de tout faire impunément.
Wallys Kimbatsa